2 avr. 2013

Les sites de deals ne cessent de se multiplier au Maroc


Le lancement d’un site de deals peut nécessiter un investissement de 360 000 DH. Le bénéfice net peut atteindre 100 000 DH après deux ans. Le tourisme, la restauration et le bien-être sont les services les plus demandés.



Sites de deals au maroc

Les sites de deals ne cessent de se multiplier au Maroc. Depuis près de 5 ans, une cinquantaine de portails a vu le jour dans le but de satisfaire les besoins d’une population avide de réaliser de bonnes affaires et de plus en plus rassurée quant à l’achat en ligne. En effet, pour les cyber-consommateurs, toutes les offres sont bonnes à saisir du moment qu’il y a des réductions intéressantes et que le rapport qualité/prix soit correct. D’ailleurs, Maroc Telecommerce a constaté au titre de l’année 2012 un accroissement significatif du nombre de transactions sur les sites de deals et a dénombré près de 26 portails actifs. Les plus réputés d’entre eux sont «mydeal», «superdeal» et «hmizate». On assiste même dernièrement à l’implantation de sites étrangers vu le potentiel que présente le marché marocain, à l’instar de «Groupon», quoique ce dernier reste spécialisé dans le créneau de l’e-tourisme, contrairement aux autres, plus généralistes, dont les offres portent sur des biens et services variés tels les packs voyages, les nuitées dans des hôtels, la restauration, les services de bien-être, le prêt-à-porter ou même les produits high-tech. Il reste que, selon Tawfik El Idrissi, fondateur de l’Association marocaine pour le e-commerce et services en ligne (AMECSEL), l’intérêt des internautes est porté surtout sur l’e-tourisme, suivi directement par le bien-être. Un directeur d’un site de deal nous confie par exemple que 40% de son chiffre d’affaires sont réalisés sur les deals de prestations touristiques.

Il y a donc un intérêt grandissant pour ce type de sites, mais cela ne veut pas dire pour autant que ce business rime automatiquement avec réussite. Bien des sites ont dû fermer parce qu’ils n’ont pas pu faire face aux géants qui se livrent une bataille sans merci à coup de publicité.

Il faut dire aussi que la mise en place d’un site de deals  nécessite un investissement et des charges conséquents si l’on veut frapper fort et offrir un service innovant. Rien que pour un portail que l’on peut qualifier de «moyen», il faut compter par exemple un investissement de départ d’environ 360 000 DH. Pour ce qui est de la rentabilité, on rapporte qu’un minimum de deux ans est nécessaire pour pouvoir dégager une marge confortable. Mais là encore, quand bien même cette marge atteindrait les 16% ou 17%, compte tenu du niveau du chiffre d’affaires, l’on ne peut espérer plus de 100 000 DH de bénéfices à l’issue de la troisième année d’activité.

Tout d’abord, avant de créer un site de deal, on doit au préalable choisir les secteurs sur lesquels se positionner. M. El Idrissi précise dans ce cadre que «le potentiel que recèle le marché de l’e-tourisme, des services de restauration et de bien-être est encore intéressant». Ensuite, débute la phase de création du site parallèlement à la constitution de la société, avec tout ce que cela entraîne comme coûts relatifs à l’aménagement du local et à l’acquisition de matériel informatique et de bureau. Dans notre exemple, l’aménagement et l’équipement totaliseraient 120 000 DH. La création du site requiert, elle, l’intervention d’un développeur qui, généralement, télécharge un site préconçu et y introduit les modifications de forme et de structures souhaitées. Cette prestation est facturée entre 25 000 DH pour un site «basique» et 100 000 DH pour une plateforme plus sophistiquée. Fathallah Benkaddour, directeur artistique de Mobiblanc, recommande qu’«il faut opter pour les espaces blancs, la simplicité dans la navigation, une présentation complète du produit sans oublier le process de checkout qui se doit d’être simple, d’un design épuré pour inspirer confiance à l’utilisateur». Et d’ajouter : «Cette phase prend de 3 à 5 semaines entre la prise du brief, l’analyse du besoin, le storyboarding et la validation du design». Il faut souligner au passage que si le patron fait appel à une société spécialisée dans le développement des sites web, il devra débourser 3 à 10 fois le montant alloué au site préconçu. En outre, un site est assorti d’un nom de domaine dont le prix varie de 360 DH par an pour le «.ma» à 150 DH/ an pour le «.com».

Une fois que le site est créé, il faut activer le service de paiement en ligne puisque les transactions se font dans leur majorité en ligne. Pour cela, deux contrats doivent être signés, le premier pour l’adhésion aux services de Maroc Telecommerce (MTC) qui sont facturés à 3 000 DH, le deuxième avec le Centre monétique interbancaire (CMI) qui a pour mission d’activer le paiement à travers les cartes bancaires et de gérer les opérations. Pour cela, il faut déposer une caution bancaire dont le montant varie de 10 000 à 50 000 DH. Il faut noter que les frais de gestion de MTC de 250 DH/an sont désormais gratuits pour un volume annuel de transactions inférieur à 1,2 MDH.

Par la suite, il faut miser gros sur la communication et la publicité qui absorbent près de 35% du budget d’investissement. Si l’on ne recourt qu’au web marketing, autrement dit le mailing, l’achat de bannières publicitaires sur des sites web et les annonces sur les réseaux sociaux, cela peut s’élever à 120 000 DH. «Il est vrai que certains sites recourent aux panneaux publicitaires ou aux flyers, chose que les sites de petite taille ne peuvent se permettre en début d’activité. Les premiers sont souvent adossés à des fonds d’investissement de taille à même d’injecter les liquidités nécessaires à de grandes campagnes de publicité», explique M. El Idrissi

Dès que le site est opérationnel, le patron doit faire face à des charges récurrentes qui concernent le loyer, la masse salariale et les autres frais. En effet, un local de 55 m2 peut par exemple être loué à 3 500 DH par mois au technopark de Casablanca ou dans un quartier en dehors du centre-ville pour une charge annuelle de 42 000 DH. Parallèlement, le personnel à recruter doit être constitué d’au moins un webdesigner, un infographiste, un commercial chargé de démarcher les clients et de rédiger les offres, un développeur de site dont la mission est de développer les fonctionnalités du site et une assistante de direction. Du coup, les charges salariales peuvent s’élever à 23 000 DH par mois, soit 276 000 DH annuellement. Par ailleurs, afin d’éviter que le site ne fasse l’objet de bugs ou de piratage, il faudra contracter un abonnement chez un hébergeur. En fonction de la taille du site et de ses options, l’hébergement coûte en moyenne 1 000 DH annuellement. Au fur et à mesure du développement du site, du nombre de visiteurs et des transactions réalisées, le site nécessiterait un serveur dédié qui coûterait près de 5 000 DH/an.

De leur côté, les frais de service relatifs à l’eau, l’électricité, le téléphone et internet peuvent totaliser 18 000 DH par an. En y additionnant les frais liés à la communication sur les produits et services offerts sur le site, notamment à travers les mêmes moyens de publicité cités avant moyennant 10 000 DH par mois, le total des charges ressort à environ 480 000 DH.

Côté revenus, le concept de base des sites de deals repose sur les achats groupés. Autrement dit, «les commerciaux démarchent les fournisseurs en leur proposant de concéder une réduction sur le prix de vente du produit ou du service en échange d’une augmentation du volume de leurs ventes», explique M. Idrissi. Cette réduction comprend également une commission à percevoir par le propriétaire qui atteint en moyenne 20% du prix affiché sur le site. Le fournisseur requiert évidemment un nombre minimum d’acheteurs pour que le deal soit validé. «Si ces conditions sont aisément négociables pour les services de tourisme, de restauration et de bien-être, ce n’est pas toujours le cas pour les produits informatiques où la marge demeure faible et l’intérêt minime», nuance le propriétaire d’un site de deals à Casablanca. Notons qu’une fois que la relation de confiance et de profits mutuels est installée entre le patron du site et le commerçant, c’est à ce dernier d’aller à la recherche du premier pour lancer des offres.

En tout cas, les propriétaires de sites de deals contactés précisent qu’il faudrait au minimum deux années d’existence sur le marché pour pouvoir rentabiliser son investissement. Ainsi, avec un chiffre d’affaires mensuel moyen de 50 000 DH, le bénéfice annuel net d’impôt (IS de 15%) totalise près de 100 000 DH, sachant qu’une commission de 0,5% et une autre de 1,5% sont prélevées respectivement par MTC et le CMI sur chaque transaction.

Un label CGEM pour plus de confiance dans les transactions en ligne

Les propriétaires des sites de commerce électronique peuvent être confrontés au courant de leur existence à des internautes peu scrupuleux, mais ils peuvent eux-mêmes, se montrer malhonnêtes et présenter une marchandise non conforme à la qualité présentée sur le site, ou alors induire en erreur le consommateur par rapport au prix ou aux avantages liés à un service. Afin de combattre ce type de pratiques, un label de confiance nommé «label e-thiq@» a été mis en place par la CGEM dans le but d’instaurer un climat de confiance entre les consommateurs en ligne et les sites marchands. Il présente un gage de conformité de l’entreprise à la réglementation en vigueur et repose sur un référentiel à respecter qui comprend la transparence, l’identification du professionnel, le respect du droit du consommateur, la description des produits et des prestations et la sécurité des transactions. De plus, pour accéder à ce label, il faut non seulement garantir les conditions de retour, de garantie et de réclamation du consommateur, mais également respecter la loi relative à la communication audiovisuelle.
Le label est délivré pour une durée de deux ans sur avis d’une commission d’attribution sur la base d’une évaluation effectuée par l’un des tiers-experts accrédités par la CGEM.

Ibtissam Benchanna.
Source: La Vie éco