22 févr. 2013

Paiement électronique au Maroc: M2M tente de faire sauter le monopole


Le nouvel opérateur doit se connecter à un centre de traitement
Il peine toujours à trouver un accord avec le CMI

Premier couac de la libéralisation du secteur du paiement électronique! M2M SPS (Secure Payment Services) a décroché l’agrément de Bank Al-Maghrib (BAM) pour devenir un nouvel opérateur spécialisé dans la gestion des moyens de paiement. Des services incluant des activités acquéreur de paiement (traitement des transactions de paiement) et émetteur de moyens de paiement, notamment via les cartes prépayées (cartes cadeau, cartes salaire, cartes de fidélité, cartes corporate…).

Attribué en juin 2012, l’agrément prévoit un délai de 6 mois pour que le nouvel opérateur devienne opérationnel. Du coup, la filiale du groupe M2M, détentrice de l’autorisation de BAM, devrait être opérationnelle dès janvier 2013. Sauf que pour y arriver, et faute de schémas nationaux d’interconnexions ouverts, M2M SPS doit faire appel soit à la plateforme de traitement du Centre monétique interbancaire (CMI), soit aux réseaux de paiement internationaux présents au Maroc (Visa International et Master Card).

Les discussions avec le CMI et les banques traînent toujours. Visiblement, en développant des solutions de paiement électronique, M2M SPS deviendra un sérieux concurrent pour CMI, surtout que M2M Group, maison-mère du nouvel entrant, a une importante expertise internationale en tant qu’opérateur de solutions monétiques. Ce qui lui permet de maîtriser tout le processus du e-payment et du commerce électronique. Le groupe M2M affiche ses ambitions au moment où, selon El Amine Serhane, président de la Fédération marocaine du e-commerce (FNEM), «le CMI s’apprête à racheter Maroc Télécommerce». Une opération qui devrait ainsi avoir lieu au cours de cette semaine. «Maroc Télécommerce devrait être intégrée dans les locaux du CMI, qui ambitionne de devenir un opérateur intégré, intervenant au niveau de la chaîne», ajoute Serhane. Si M2M SPS ne trouve pas un terrain d’entente avec le CMI, elle pourrait toujours se rabattre sur un centre de traitement à l’étranger. Contactés par L’Economiste, M2M et CMI se sont refusés à commenter l’état d’avancement des discussions. Mais d’ores et déjà, M2M a procédé aux recrutements d’ingénieurs, mis en place des plateformes sécurisées ainsi qu’une équipe commerciale. L’entreprise a également conçu des systèmes d’information destinés à supporter l’ensemble des gammes de services de paiement électronique multi-canal (Internet, bornes interactives, mobile…). Des conventions ont également été signées avec différents équipementiers, notamment les fournisseurs de TPE. Par ailleurs, une vaste campagne de communication multimédias devrait être lancée dès que MSM SPS aura plus de visibilité par rapport au côté technique du projet.
La position du CMI constitue un cas de monopole. M2M pourrait donc toujours saisir le Conseil de la concurrence. Si c’est le cas, ce sera une jurisprudence en la matière.

Positionnement

La stratégie de M2M porte sur un positionnement en tant que développeur de solutions de paiement électronique dans les commerces populaires et de proximité. L’opérateur cible également le développement d’une offre dédiée aux usagers dans le cadre des services de l’administration et du transport. Deux secteurs dans lesquels le groupe assure une forte présence. Par ailleurs, M2M veut contribuer à l’émergence de nouveaux besoins, notamment dans des secteurs sous-équipés tels que la santé, les transports, l’éducation, la culture, les loisirs… M2M SPS se propose de mettre en place des moyens de paiement  dédiés surtout à une clientèle non-bancarisée. D’où l’orientation vers un système de commission spécifique à chaque secteur. Ce qui permettra, par exemple, des micro-paiements, contrairement au schéma actuel géré par le CMI, qui exige toujours un montant minimal. Rappelons que le CMI applique une commission minimale de 1% et maximale de 3,5%.

Hassan EL ARIF
Source : L'Economiste